Lettre du doyen pour le début du temps pascal 2020

Bonjour à toutes et à tous,

Nous venons de célébrer Pâques dans des conditions exceptionnelles, mais nous avons eu la joie d’être en communion tout spécialement pour la célébration de la veillée pascale présidée par Mgr Warin à la collégiale. Un grand merci à toutes celles et à tous ceux qui ont participé à la préparation de cette célébration qui a été un signe d’espérance pour beaucoup, selon les échos que nous en avons eus. Vous pouvez revoir la célébration sur le site du doyenné

(www.doyennedeciney.be).

Après le conseil national de sécurité de ce vendredi 24 avril, nos évêques vont nous donner des directives pour l’avenir. Dans leur communiqué du 16 avril, on peut lire ceci :

« La décision du 15 avril 2020 notifie que toutes les mesures prises par les autorités civiles et religieuses concernant les célébrations religieuses ou activités ecclésiales sont maintenues jusqu’au 3 mai 2020. Dès modification des mesures générales par un prochain Conseil National de Sécurité, le Conseil permanent de la Conférence des Évêques examinera avec les autorités civiles comment l’Église peut modifier ses mesures, en quels lieux et dans quelles conditions. Une nouvelle communication sur ce sujet suivra alors dès que possible. »

En attendant, nous sommes invités à vivre ce temps pascal en laissant le Seigneur ressuscité nous communiquer sa paix. Continuons de nous soutenir les uns les autres par la prière et par de petits gestes d’attention et de solidarité. Rendons grâce aussi pour le dévouement de tous ceux qui sont en première ligne et aussi pour l’élan de générosité et de solidarité qui est une « sainte » contagion qui touche de plus en plus de personnes dans nos paroisses, nos communes, notre pays et le monde entier.

C’est quand on est privé de l’Eucharistie, comme en ce temps de confinement, qu’on perçoit peut-être davantage à quel point le Pain de Vie nous est vital. « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », demandons-nous régulièrement à notre Père des Cieux. Cette demande vise non seulement le pain matériel mais aussi le pain eucharistique, comme le suggère l’emploi du terme grec epiousios qu’on traduit par « de ce jour », mais qui signifie littéralement « sur-essentiel ». La Catéchisme de l’Église catholique explique : « Pris à la lettre, il désigne le Pain de Vie, le Corps du Christ, ‘remède d’immortalité’ » (Nr 2837). Saint Augustin considère aussi l’Eucharistie comme « notre pain quotidien ».

En cette période où tant de chrétiens souffrent de la privation de l’Eucharistie et où tant de prêtres doivent célébrer l’Eucharistie seuls, sans assemblée, le témoignage du vénérable évêque Mgr Boleslas Sloskans peut nous encourager. Il a souffert dans les prisons et les camps soviétiques et a vécu les 35 dernières années de sa vie en Belgique. L’Eucharistie était pour lui le centre de chaque journée : sa plus grande joie était de célébrer la Messe, et cela jusqu’à la fin de sa vie.

Pendant sa captivité, les jours les plus pénibles furent pour lui ceux où il ne pouvait pas la célébrer. Voici quelques extraits de son récit autobiographique :

« 30 janvier 1929. On me transporta à l’improviste, de l’île Solovki à l’île d’Anzer. (..) Une vie nouvelle commença pour moi. Il n’y avait plus de messe. Dans la baraque, du matin au soir, jurons, querelles, vols, blasphèmes et anecdotes d’une immoralité repoussante. »

Plus tard, quand d’autres prêtres arrivèrent à Anzer et qu’ils furent casés avec Mgr Sloskans dans la même baraque, ils songèrent à célébrer la Messe :

« Dès le début nous songeâmes à une grave question : comment et où dire la messe. Malgré toutes les perquisitions nous possédions l’indispensable pour célébrer la Ste Messe. (..) Pendant quelques jours nous célébrâmes dans la forêt sur une pierre ; mais c’était incommode et dangereux. Ensuite nous érigeâmes avec quelques valises un autel au grenier. Cachés de toutes parts nous disions tous les jours la messe à genoux sans bouger pour ne pas remuer le toit par un mouvement de la tête. (..)

Au commencement nous pouvions employer du vin qu’on nous envoyait dans des colis. Quand l’autorisation de célébrer la messe nous fut enlevée, nous perdîmes aussi le droit de recevoir du vin : on confisquait tous les envois qui nous étaient destinés. Nous dûmes préparer nous-mêmes notre vin de messe selon le conseil que Tanquerey donne dans sa théologie, c’est-à-dire, en utilisant le raisin sec. Nous disions la messe avec quelques gouttes de vin seulement. Le raisin sec était pêché dans la compote achetée spécialement dans ce but ; nous faisions notre possible pour l’obtenir dans des envois. Les calices étaient en étain, fabriqués par nous-mêmes. Nous faisions aussi nous-mêmes les hosties (..). »

Mgr Sloskans avait également le souci de soutenir les autres prisonniers en se débrouillant pour leur faire parvenir la Communion. Il écrit : « J’avais remarqué qu’il se trouvait dans le camp un certain nombre de mes paroissiennes de Russie blanche. (..) Quand notre chapelle fut fermée, nos paroissiennes se retrouvèrent privées de la Sainte Communion ; depuis lors le Saint Sacrement leur fut porté jusqu’à la grille enveloppé dans un linge propre ; elles le portaient ensuite elles-mêmes dans la chambre qui leur était réservée et communiaient chacune pour soi (..). Quand les prêtres ne pouvaient pas porter eux-mêmes le Saint Sacrement, cette haute mission était confiée à deux adolescents qui vivaient avec nous et se préparaient au sacerdoce. »

Vivons dans l’espérance le temps pascal !

En restant en communion avec vous toutes et vous tous,

Abbé Pascal-Marie, votre doyen